Le nouveau féminisme

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Emma Watson, femme engagée à la tribune de l'ONU, lors de son discours en faveur de l'égalité des sexes.

Depuis mai 68, le féminisme se répand et les actions mises en place sont aussi nombreuses que variées. Plusieurs mouvements, tels que les Pussy Riots, les Femen, mènent des actions chocs, en défilant seins nus pour dénoncer l’hypersexualisation du corps des femmes et en s’attaquant à des hommes politiques qui bafouent les droits des femmes. Cependant, le caractère provocateur de ces manifestations est parfois contre-productif, car il marque négativement les esprits. Peu importe comment il est présenté, le féminisme est une idéologie qui gagne de l’ampleur et qui relance des débats fondamentaux sur la place publique.    

Le féminisme, qu’est-ce que c’est ?

Comme le définit Emma Watson lors de son discours à l’ONU pour l’association HeForShe, le féminisme combat l’idée de la supériorité d’un genre et vise à obtenir l’égalité des sexes. Les débats sur la place des femmes dans la société sont plus médiatisés car on remarque que le salaire des hommes est en moyenne 23% supérieur à celui des femmes (2014), à poste et taux horaire égaux. Aussi, les femmes sont plus souvent victimes de discriminations. Par exemple, lorsqu’elles se présentent à un entretien d’embauche, elles sont confrontées à plus de questions personnelles, souvent illégales, sur leurs intentions de maternité. Mais cette discrimination sont également présentes lorsque les femmes souhaitent déposer plainte suite à une agression, ou encore lorsqu’elles souhaitent prétendre aux mêmes opportunités sociales que les hommes, comme en termes de sexualité. Néanmoins, le féminisme aspire également à briser les clichés qui codifient les normes de la masculinité, comme le fait qu’un garçon ne devrait pas pleurer ou jouer avec des poupées. 

Pourquoi on en a besoin ?

Alors qu’on pourrait croire notre époque très libérée, avec des mœurs plus légères qu’il y a quelques décennies, nous avons besoin du féminisme plus que jamais. Des droits fondamentaux tels que l’avortement son régulièrement remis en cause, des partis et des personnalités politiques dénigrent le rôle des femmes dans l’économie et bafouent leurs droits. En Russie, les violences conjugales ont été dépénalisées début 2017, et sont désormais punies d’une simple amende. Aux Etats-Unis, Donald Trump vient d’être élu président alors qu’il parle publiquement des femmes comme d’objets sexuels. Nous avons également besoin du féminisme afin de donner confiance aux enfants, qu’il s’agisse des filles à qui on laisse penser qu’elles sont programmées biologiquement pour être moins bonnes en maths, ou aux garçons à qui l’on inculque le stoïcisme face aux émotions, et à qui l’on interdit souvent de jouer avec les jouets de leur souhait. Le féminisme est également fondamental pour lutter contre l’hypersexualisation du corps des femmes. Les déguisements pour enfants, adolescentes et femmes sont souvent la version sexy d’un métier, ou d’une princesse, avec des robes très courtes et des décolletés pigeonnants. La lingerie pour adolescente est bien souvent inconfortable, avec des soutien-gorge rembourrés même sur les plus gros bonnets. L’émergence de marques comme Mina Storm, qui proposent des soutien-gorge sans armatures ni rembourrages, au design adapté aux jeunes filles, permet de lutter contre ces normes qui prônent la beauté des femmes, les érigent en objet de désir, au détriment de leur bien-être et de leur confort.

Peut-on être féminine et féministe ?

Féminisme et féminin ne s’excluent pas. Le féminisme est avant tout une question de choix. C’est une idéologie qui veut donner la possibilité aux êtres humains de s’épanouir dans les domaines qui leur plaisent, sans se soucier de briser les conventions établies. Emma Watson a récemment posé seins nus pour Vanity Fair, ce qui lui a valu de nombreuses critiques, or être féministe ne signifie pas renier sa féminité, ses attributs féminins et son corps de femme. Maisie Williams, la jeune actrice de Game of Thrones qui a endossé un rôle très « badass » avec le personnage d’Arya, qui arbore une coupe à la garçonne et affectionne les combats à l’épée, a déclaré que l’on était « soit une personne normale, soit un(e) sexiste », ce qui semble être la meilleure définition du féminisme. En résumé, le féminisme existe en réponse à un contexte social inégalitaire. Tant que l’on refusera à un genre la possibilité de s’emparer des attributs propres à l’autre genre, nous aurons besoin du féminisme. Par exemple, les femmes ont réussi à s’emparer du pantalon, et même des smokings, mais il est encore peu accepté que les hommes portent des jupes ou du maquillage. Le féminisme, c’est un combat pour des droits et des opportunités identiques, qui sera d’actualité tant que l’on voudra maintenir les individus dans des cases au lieu de les considérer dans leur singularité.