Azzedine Alaïa

Azzedine Alaïa génie hors pair. Le couturier s’installe dans Le Marais et se voit remettre par Cher deux Oscars de la Mode
Azzedine Alaïa propose des pièces sculpturales, comme des corsets.

Les prémices d’une carrière remarquable.

 

Né à Tunis en 1940, Azzedine Alaïa suit des études de sculpture puis s’installe à Paris à la fin de la guerre, dans une chambre de bonne qui lui est prêtée par la Comtesse de Blégiers en échange de petits travaux, de couture et de baby-sitting. Il ne tarde pas à entrer dans la maison Dior en tant que couturier, mais est remercié après seulement trois jours à cause de ses origines.  Grâce à ses relations, il commence à se constituer une clientèle privée. Afin de faire ses armes en tant que tailleur, Azzedine Alaïa travaille pendant deux ans pour Guy Laroche et aide Thierry Mugler. Il propose alors sa première collection au chausseur Charles Jourdan, qui se compose de pièces métalliques avec des fermetures éclair et des œillets, qui choque et est assimilée aux codes vestimentaires du sadomasochiste. Charles Jourdan refuse les créations, mais cela permet à Alaïa de se faire repérer par quelques journalistes. Son amie Simone Zehrfuss lui prête alors les fonds nécessaires pour lancer son propre atelier de couture.

Un tailleur discret

Grâce à cette aide financière, Alaïa s’installe rue Bellechasse, où il transforme un petit appartement en atelier. Chaque pièce est investie par les machines à coudre et les mètres de tissus. Dans cet atelier singulier, le créateur continue à habiller sa clientèle très privée : Garbo, des danseuses du Crazy Horse, et même Arletty. C’est d’ailleurs Alaïa qui réalise le prototype de la célèbre robe Mondrian qui a fait la renommée d’Yves Saint Laurent, cette pièce courte et droite qui inspire aujourd’hui encore les peintres modernes.  

  

 

La consécration

Au début des années 80, le prêt à porter se démocratise et la décennie est propice pour lancer sa propre collection. A une époque où toutes les folies vestimentaires sont permises, Azzedine Alaïa propose des pièces sculpturales, proches du corps, comme des corsets. Le créateur ne communique pas sur ses vêtements, n’accorde que peu d’interview et se consacre presque exclusivement à sa clientèle privée. Pourtant, après avoir figuré dans Elle et Depeche Mode, sa renommée prend de l’ampleur, y compris à l’international. De grands magasins, comme Barneys, commercialisent alors ses créations. Mais alors que ses contemporains organisent des défilés spectaculaires, Alaïa tient à conserver l’intimité de ses défilés, hors Fashion Week. Son atelier hors pair devient un repaire de célébrités, the place to be, et il est le premier à lancer Naomi Campbell et Cindy Crawford. 

Une renommée due à un génie hors pair

En 1984, le couturier s’installe dans Le Marais et se voit remettre par Cher deux Oscars de la Mode. Toujours aussi discret, il rechigne à monter sur la scène de l’Opéra Garnier pour recevoir ses prix. Il refuse de se prêter au jeu des saisons, ne livre un vêtement que lorsqu’il est entièrement prêt, et prête même son talent à l’enseigne Tati qui est alors la moins chère du marché. Sa façon de travailler est unique, c’est tout juste s’il esquisse un dessin, préférant travailler directement sur le mannequin. Sa formation de sculpteur se ressent dans ses créations, qui subliment le corps, s’amusent avec les matières et les reliefs. Certaines de ses créations pour les collections de haute couture prennent des allures de figure géométrique, réhabilitant tantôt le tailleur bar ou créant des robes longues qui se déclinent en multiples jupons volumineux, telles des fleurs. Les couleurs sont sobres, Alaïa explore différentes palettes au fil de ses collections, et les modèles sont toujours d’une élégance rare.