Cristobal Balenciaga, le couturier qui a dessiné la femme moderne

Le Couturier Cristobal Balenciaga Paris, 1968, No Smoking Collection Veste, Tailleur Femme et Smoking sur mesure
Cristóbal Balenciaga dans son atelier, Paris 1968 © Fondation Henri Cartier-Bresson de l'album Fashion - Balenciaga

Né en 1895 d’une mère couturière et d’un père marin, Cristobal Balenciaga baigne dans la mode dès son plus jeune âge. A seulement 22 ans, il installe sa première maison de couture à Saint-Sébastien et sa clientèle n’est pas des moindres puisqu’il conçoit pour la famille royale.

Après s’être implanté à Madrid puis Barcelone, Cristobal se réfugie à Paris lorsque la guerre d’Espagne éventre le pays, en 1936. Là, il se fait remarquer lors d’un défié de haute couture en 1937, au 10 avenue George V qui devient sa nouvelle maison de couture. Ses tenues inspirées des traditions espagnoles font mouche et séduisent aussitôt les clientes et la presse. 

 

Cristobal Balenciaga ne se contente pas de dessiner ses modèles, il les coud. Coco Chanel dit de lui que « C’est le seul d’entre nous qui est un vrai couturier. ». Ses premiers défilés de haute couture s’inspirent d’abord de la mode espagnole, puis des influences du Second Empire français. Les collections sont acclamées. 

Le style et l’héritage

Le créateur est connu pour ses robes d’inspiration espagnole, comme la robe Infante, élégante et bouffante. Il mise sur la sobriété et les combinaisons audacieuses afin de créer des silhouettes sculpturales. Etant l’un des rares couturiers à garder sa maison ouverte pendant la 2nde Guerre Mondiale, Cristobal Balenciaga profite de la pénurie de tissus pour imaginer de nouvelles manières de créer du volume sans opter pour l’accumulation. Sa robe Baby Doll, en forme de trapèze non marqué à la taille, est l’une de ses pièces les plus emblématiques. Mais Balenciaga signe également de nouvelles coupes de veste, notamment avec la collection tonneau en 1951. Il s’agit de vestes avant-gardistes, au dos arrondi et « semi-ajustées », comme avec son célèbre boléro. Si le créateur est attaché aux styles royaux, il n’en demeure pas moins l’un des précurseurs de la femme moderne et des silhouettes architecturales en inventant des lignes fluides, à la coupe parfaite. Le tailleur décintré est l’une de ses pièces maîtresses : confortable et élégante, elle libère la femme de la gaine en redessinant sa silhouette.

Balenciaga aujourd’hui

Le couturier ferme sa maison en 1968 et la marque sommeille pendant près de vingt ans. Le groupe Jacques Brogart la rachète en 1986 et Nicolas Ghesquière est nommé à la direction artistique de la collection « Le Dix » en 1997, à seulement 26 ans. Ce dernier ravive l’âme de la marque en revenant aux fondamentaux de Balenciaga. Ses collections sont marquées par un esprit futuriste, des silhouettes sculpturales et une influence sportswear.

Si Cristobal Balenciaga habillait les muses de son temps, comme Marlène Dietrich ou Maria Casarès, Nicolas Ghesquière n’est pas en reste avec des égéries telles que Charlotte Gainsbourg ou Kate Moss. En 2012, c’est Alexander Wang qui prend la relève de Ghesquière. Mentoré par Anna Wintour puis bras droit de Marc Jacobs, le jeune créateur injecte son talent dans les nouvelles collections Balenciaga en rendant hommage aux fondamentaux.

Wang organise notamment son premier défilé pour la marque à l’adresse historique du 10 avenue George V. 

L’œuvre au noir

Le palais Galliera a investi le Musée Bourdelle en 2017 avec une exposition sur le thème « L’œuvre au Noir » pour rendre hommage à Cristobal Balenciaga. Si le créateur n’avait pas peur des couleurs audacieuses, cet intitulé est une référence à Marguerite Yourcenar ainsi qu’à la première étape de la transformation de la matière dans le domaine de l’alchimie. Un titre tout à fait adapté à l’œuvre du couturier, en somme ! Le Musée Bourdelle, spécialisé dans les expositions de sculptures, est le lieu idéal pour un tel évènement car la mode Balenciaga est sculpturale au possible. Les techniques de coupe du couturier sont pareilles à l’ouvrage d’un sculpteur, il a taillé les silhouettes des femmes dans le tissu au lieu de la pierre. Un tel hommage ne peut que nous rappeler le talent immense du créateur espagnol.